Saignements au brossage, mauvaise haleine persistante, gencives rouges ou rétractées, dents qui « bougent » ou semblent s'allonger : ces signes, parfois discrets au début, peuvent annoncer une maladie parodontale. C'est l'une des causes les plus fréquentes de perte des dents chez l'adulte, et c'est aussi l'une des plus évitables si elle est prise à temps.
Au sommaire
Le parodonte : qu'est-ce que c'est ?
Le parodonte désigne l'ensemble des tissus qui soutiennent la dent. Une dent ne « tient » pas dans la mâchoire toute seule : elle est ancrée dans l'os par un système complexe que l'on a tendance à oublier. Le parodonte comprend quatre éléments :
- La gencive, qui forme le « collier » autour de la dent
- L'os alvéolaire, dans lequel la racine est plantée
- Le ligament parodontal, sorte de petit amortisseur qui relie la racine à l'os
- Le cément, fine couche qui recouvre la racine
Quand le parodonte est en bonne santé, la gencive est rose, ferme, ne saigne pas et adhère bien à la dent. Quand il s'enflamme ou se détruit, c'est tout l'ancrage de la dent qui est compromis — d'où l'expression « déchaussement ».
Gingivite et parodontite : deux stades distincts
On confond souvent ces deux termes, mais ils désignent deux stades différents et de gravité très inégale.
La gingivite
La gingivite est l'inflammation de la gencive, déclenchée par l'accumulation de plaque bactérienne au collet des dents. Elle se manifeste par des gencives rouges, gonflées, qui saignent au brossage. À ce stade, l'os n'est pas encore touché.
Bonne nouvelle : la gingivite est totalement réversible avec une amélioration de l'hygiène et un détartrage. Si elle est prise à temps, aucune séquelle ne persiste.
La parodontite
Si la gingivite n'est pas traitée, l'inflammation peut s'étendre en profondeur et atteindre l'os qui soutient la dent. C'est la parodontite. À ce stade, l'os se résorbe progressivement, la gencive recule, et des « poches parodontales » se forment entre la dent et la gencive — refuge idéal pour des bactéries de plus en plus agressives.
La grande différence avec la gingivite : la perte osseuse est irréversible. On peut stopper le processus, on peut parfois le compenser partiellement, mais on ne reconstitue pas spontanément l'os détruit. D'où l'enjeu majeur d'un diagnostic précoce.
Toute parodontite a commencé par une gingivite. Si vos gencives saignent au brossage, c'est le bon moment pour consulter — pas dans 6 mois quand les dents commenceront à bouger.
Les signes qui doivent alerter
Les maladies parodontales sont sournoises : elles évoluent souvent sans douleur pendant des années. Voici les signaux à ne pas négliger :
- Saignements au brossage ou à l'usage du fil/brossette : c'est un signe précoce et fréquent
- Gencives rouges, gonflées, sensibles au lieu d'être rose pâle et fermes
- Mauvaise haleine persistante qui ne cède pas au brossage
- Goût désagréable en bouche au réveil ou en cours de journée
- Récessions gingivales : impression que les dents s'allongent, racines qui apparaissent
- Sensibilité accrue au chaud, au froid, au sucré
- Sensation de dents qui bougent ou qui se déplacent légèrement
- Espaces qui s'ouvrent entre les dents là où il n'y en avait pas
- Suppuration (pus) entre la dent et la gencive en pressant
Si vous présentez plusieurs de ces signes, ne tardez pas à prendre rendez-vous. Plus le diagnostic est précoce, plus le traitement est simple et efficace.
Les facteurs de risque
Pourquoi certains patients développent-ils une parodontite alors que d'autres, avec la même hygiène, n'en ont jamais ? Plusieurs facteurs interviennent.
Facteurs modifiables
- L'hygiène insuffisante : c'est le facteur principal et le seul totalement sous contrôle du patient
- Le tabac : multiplie par 3 à 7 le risque de parodontite et masque les saignements (un fumeur ne se voit pas progresser)
- Le diabète mal équilibré : facteur aggravant majeur, lien bidirectionnel avec la parodontite
- Le stress chronique : déprime l'immunité locale et favorise l'inflammation
- Une alimentation déséquilibrée : carences en vitamines C et D notamment
Facteurs non modifiables
- La génétique : il existe des prédispositions familiales à la parodontite
- L'âge : la prévalence augmente avec l'âge, mais ce n'est pas une fatalité
- Certaines maladies générales et certains traitements
- Les variations hormonales (grossesse, ménopause)
Le rôle du chirurgien-dentiste est d'identifier votre profil de risque pour adapter la prise en charge et la fréquence des contrôles.
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic d'une maladie parodontale repose sur un examen clinique structuré appelé bilan parodontal. Il comprend habituellement :
- Un examen visuel de la gencive (couleur, aspect, contours, présence de plaque ou de tartre)
- Un sondage parodontal : à l'aide d'une sonde graduée, le praticien mesure la profondeur des espaces entre la dent et la gencive (en bonne santé : 1 à 3 mm ; en présence de poche parodontale : 4 mm et plus)
- Le « charting parodontal » : enregistrement systématique des mesures sur un schéma, dent par dent, qui sert de référence pour suivre l'évolution
- Un bilan radiographique : panoramique, radios rétro-alvéolaires ou Cone Beam selon les cas, pour évaluer la perte osseuse et la rendre objectivable
- Une évaluation des facteurs de risque : interrogatoire sur le tabac, le diabète, les antécédents familiaux, les médicaments
À l'issue de ce bilan, on classe la maladie selon sa sévérité (de I à IV) et son évolutivité, ce qui permet d'adapter précisément la stratégie thérapeutique.
Les traitements possibles
Le traitement d'une maladie parodontale est graduel, et progresse uniquement si nécessaire vers les étapes suivantes.
Étape 1 : traitement initial non chirurgical
C'est le socle de toute prise en charge. Il comprend :
- L'enseignement personnalisé de l'hygiène : technique de brossage adaptée, choix des brossettes, utilisation du fil dentaire
- Le détartrage supragingival : élimination du tartre visible au-dessus de la gencive, par ultrasons
- Le surfaçage radiculaire (anciennement appelé « curetage ») : nettoyage en profondeur sous la gencive pour éliminer la plaque et le tartre logés dans les poches. Cette étape se fait sous anesthésie locale, par quadrants ou en bouche complète, selon les protocoles modernes
- L'éventuel arrêt ou réduction du tabac, accompagnée si nécessaire
Cette étape suffit à stabiliser environ 80% des cas. L'évaluation se fait 6 à 8 semaines après le traitement pour mesurer l'amélioration.
Étape 2 : chirurgie parodontale (si nécessaire)
Quand certaines poches restent profondes malgré le traitement initial, une intervention chirurgicale peut être proposée. Plusieurs techniques existent selon les indications :
- Lambeau d'assainissement : ouverture chirurgicale pour accéder à des zones inaccessibles au traitement non chirurgical
- Régénération tissulaire guidée : utilisation de membranes et de biomatériaux pour tenter de restaurer l'os perdu
- Greffe gingivale : pour traiter les récessions importantes et recouvrir des racines exposées
Ces interventions se font sous anesthésie locale, au cabinet, et restent bien supportées par les patients.
Étape 3 : maintenance à vie
Voir section suivante.
Avec un traitement bien conduit, il est possible de stopper l'évolution d'une parodontite et de garder ses dents toute la vie, même après des pertes osseuses significatives. La condition : suivre le traitement complet et respecter ensuite la maintenance.
L'importance de la maintenance
Voici la partie la plus importante et la plus négligée du traitement parodontal. Une parodontite traitée est une parodontite contrôlée, pas guérie. Sans suivi, la récidive est quasi systématique en quelques années.
La maintenance consiste en des contrôles réguliers tous les 3 à 6 mois selon votre profil de risque, comprenant :
- Un nouveau sondage pour vérifier la stabilité des poches
- Un détartrage et surfaçage ciblé sur les zones qui en ont besoin
- Un renforcement de l'hygiène personnalisée
- Un contrôle radiographique annuel ou bisannuel selon les cas
Cette maintenance permet de détecter et traiter immédiatement toute reprise d'inflammation, avant qu'elle ne provoque de nouveau des dégâts irréversibles. C'est le prix à payer pour préserver durablement les bénéfices du traitement initial.
Questions fréquentes
Mes gencives saignent depuis longtemps, est-il trop tard pour consulter ?
Non, jamais. Plus le diagnostic est précoce, plus le traitement est simple, mais même à un stade avancé, beaucoup peut être fait pour stopper l'évolution et préserver vos dents. Ne pas consulter par appréhension est la pire des stratégies.
La parodontite est-elle contagieuse ?
Les bactéries impliquées peuvent se transmettre par la salive (baisers, partage de couverts), mais une transmission ne provoque pas systématiquement de maladie chez la personne « contaminée » — la susceptibilité individuelle joue un rôle majeur. En revanche, dans un couple, il est utile que les deux conjoints aient une hygiène irréprochable et soient tous deux suivis.
Le détartrage abîme-t-il l'émail ?
Non. C'est une croyance fausse mais tenace. Les ultrasons utilisés en détartrage moderne agissent sur le tartre et la plaque, pas sur l'émail. Ce que les patients perçoivent comme un « affinement » après détartrage est en réalité l'émail qui retrouve son aspect naturel après élimination du dépôt qui le recouvrait.
Puis-je avoir des implants si j'ai eu une parodontite ?
Oui, à condition que la maladie soit stabilisée avant la pose et que la maintenance soit ensuite scrupuleusement suivie. Les implants peuvent eux-mêmes être atteints d'une « péri-implantite » équivalente à la parodontite. Un patient avec antécédent parodontal nécessite un suivi implantaire encore plus rigoureux que la moyenne.
Y a-t-il un lien entre parodontite et maladies générales ?
Oui, les liens sont aujourd'hui bien documentés scientifiquement. La parodontite est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de complications du diabète, voire de complications obstétricales. L'inverse est aussi vrai : un diabète mal équilibré ou un état général dégradé aggravent la parodontite. Soigner sa bouche, c'est aussi soigner sa santé globale.
En conclusion
Les maladies parodontales sont fréquentes, sournoises, mais évitables et traitables. Le saignement gingival n'est jamais normal : il est le premier signal d'alarme et invite à consulter. À chaque étape — gingivite, parodontite débutante, parodontite avancée — il existe des solutions adaptées qui permettent de stabiliser la situation et de conserver durablement ses dents.
Le suivi et la maintenance jouent un rôle aussi crucial que le traitement initial. Si vous avez des doutes ou si certains signes vous interpellent, n'attendez pas que la situation se dégrade pour prendre rendez-vous : un bilan parodontal lors d'une consultation suffit à faire le point précisément.

