Saignements au brossage, mauvaise haleine persistante, gencives rouges ou rétractées, dents qui « bougent » ou semblent s'allonger : ces signes, parfois discrets au début, peuvent annoncer une maladie parodontale. C'est l'une des causes les plus fréquentes de perte des dents chez l'adulte, et c'est aussi l'une des plus évitables si elle est prise à temps.

Au sommaire

  1. Le parodonte : qu'est-ce que c'est ?
  2. Gingivite et parodontite : deux stades distincts
  3. Les signes qui doivent alerter
  4. Les facteurs de risque
  5. Comment se fait le diagnostic ?
  6. Les traitements possibles
  7. L'importance de la maintenance
  8. Questions fréquentes

Le parodonte : qu'est-ce que c'est ?

Le parodonte désigne l'ensemble des tissus qui soutiennent la dent. Une dent ne « tient » pas dans la mâchoire toute seule : elle est ancrée dans l'os par un système complexe que l'on a tendance à oublier. Le parodonte comprend quatre éléments :

Quand le parodonte est en bonne santé, la gencive est rose, ferme, ne saigne pas et adhère bien à la dent. Quand il s'enflamme ou se détruit, c'est tout l'ancrage de la dent qui est compromis — d'où l'expression « déchaussement ».

Gingivite et parodontite : deux stades distincts

On confond souvent ces deux termes, mais ils désignent deux stades différents et de gravité très inégale.

La gingivite

La gingivite est l'inflammation de la gencive, déclenchée par l'accumulation de plaque bactérienne au collet des dents. Elle se manifeste par des gencives rouges, gonflées, qui saignent au brossage. À ce stade, l'os n'est pas encore touché.

Bonne nouvelle : la gingivite est totalement réversible avec une amélioration de l'hygiène et un détartrage. Si elle est prise à temps, aucune séquelle ne persiste.

La parodontite

Si la gingivite n'est pas traitée, l'inflammation peut s'étendre en profondeur et atteindre l'os qui soutient la dent. C'est la parodontite. À ce stade, l'os se résorbe progressivement, la gencive recule, et des « poches parodontales » se forment entre la dent et la gencive — refuge idéal pour des bactéries de plus en plus agressives.

La grande différence avec la gingivite : la perte osseuse est irréversible. On peut stopper le processus, on peut parfois le compenser partiellement, mais on ne reconstitue pas spontanément l'os détruit. D'où l'enjeu majeur d'un diagnostic précoce.

À retenir

Toute parodontite a commencé par une gingivite. Si vos gencives saignent au brossage, c'est le bon moment pour consulter — pas dans 6 mois quand les dents commenceront à bouger.

Comparaison entre gencive saine, gingivite et parodontite
Trois états à distinguer. La gingivite est encore réversible (pas de perte osseuse), tandis que la parodontite installe des dégâts irréversibles sur l'os qui soutient la dent.

Les signes qui doivent alerter

Les maladies parodontales sont sournoises : elles évoluent souvent sans douleur pendant des années. Voici les signaux à ne pas négliger :

Si vous présentez plusieurs de ces signes, ne tardez pas à prendre rendez-vous. Plus le diagnostic est précoce, plus le traitement est simple et efficace.

Six signes d'alerte d'une maladie parodontale
Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes dans votre quotidien, une consultation s'impose pour faire le point.

Les facteurs de risque

Pourquoi certains patients développent-ils une parodontite alors que d'autres, avec la même hygiène, n'en ont jamais ? Plusieurs facteurs interviennent.

Facteurs modifiables

Facteurs non modifiables

Le rôle du chirurgien-dentiste est d'identifier votre profil de risque pour adapter la prise en charge et la fréquence des contrôles.

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic d'une maladie parodontale repose sur un examen clinique structuré appelé bilan parodontal. Il comprend habituellement :

À l'issue de ce bilan, on classe la maladie selon sa sévérité (de I à IV) et son évolutivité, ce qui permet d'adapter précisément la stratégie thérapeutique.

Le sondage parodontal : mesure de la profondeur des poches
Le sondage parodontal. Une sonde graduée mesure la profondeur des poches : 1 à 3 mm en cas de gencive saine, 4 mm et plus en cas de parodontite.

Les traitements possibles

Le traitement d'une maladie parodontale est graduel, et progresse uniquement si nécessaire vers les étapes suivantes.

Étape 1 : traitement initial non chirurgical

C'est le socle de toute prise en charge. Il comprend :

Cette étape suffit à stabiliser environ 80% des cas. L'évaluation se fait 6 à 8 semaines après le traitement pour mesurer l'amélioration.

Étape 2 : chirurgie parodontale (si nécessaire)

Quand certaines poches restent profondes malgré le traitement initial, une intervention chirurgicale peut être proposée. Plusieurs techniques existent selon les indications :

Ces interventions se font sous anesthésie locale, au cabinet, et restent bien supportées par les patients.

Étape 3 : maintenance à vie

Voir section suivante.

Bonne nouvelle

Avec un traitement bien conduit, il est possible de stopper l'évolution d'une parodontite et de garder ses dents toute la vie, même après des pertes osseuses significatives. La condition : suivre le traitement complet et respecter ensuite la maintenance.

L'importance de la maintenance

Voici la partie la plus importante et la plus négligée du traitement parodontal. Une parodontite traitée est une parodontite contrôlée, pas guérie. Sans suivi, la récidive est quasi systématique en quelques années.

La maintenance consiste en des contrôles réguliers tous les 3 à 6 mois selon votre profil de risque, comprenant :

Cette maintenance permet de détecter et traiter immédiatement toute reprise d'inflammation, avant qu'elle ne provoque de nouveau des dégâts irréversibles. C'est le prix à payer pour préserver durablement les bénéfices du traitement initial.

Questions fréquentes

Mes gencives saignent depuis longtemps, est-il trop tard pour consulter ?

Non, jamais. Plus le diagnostic est précoce, plus le traitement est simple, mais même à un stade avancé, beaucoup peut être fait pour stopper l'évolution et préserver vos dents. Ne pas consulter par appréhension est la pire des stratégies.

La parodontite est-elle contagieuse ?

Les bactéries impliquées peuvent se transmettre par la salive (baisers, partage de couverts), mais une transmission ne provoque pas systématiquement de maladie chez la personne « contaminée » — la susceptibilité individuelle joue un rôle majeur. En revanche, dans un couple, il est utile que les deux conjoints aient une hygiène irréprochable et soient tous deux suivis.

Le détartrage abîme-t-il l'émail ?

Non. C'est une croyance fausse mais tenace. Les ultrasons utilisés en détartrage moderne agissent sur le tartre et la plaque, pas sur l'émail. Ce que les patients perçoivent comme un « affinement » après détartrage est en réalité l'émail qui retrouve son aspect naturel après élimination du dépôt qui le recouvrait.

Puis-je avoir des implants si j'ai eu une parodontite ?

Oui, à condition que la maladie soit stabilisée avant la pose et que la maintenance soit ensuite scrupuleusement suivie. Les implants peuvent eux-mêmes être atteints d'une « péri-implantite » équivalente à la parodontite. Un patient avec antécédent parodontal nécessite un suivi implantaire encore plus rigoureux que la moyenne.

Y a-t-il un lien entre parodontite et maladies générales ?

Oui, les liens sont aujourd'hui bien documentés scientifiquement. La parodontite est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de complications du diabète, voire de complications obstétricales. L'inverse est aussi vrai : un diabète mal équilibré ou un état général dégradé aggravent la parodontite. Soigner sa bouche, c'est aussi soigner sa santé globale.

En conclusion

Les maladies parodontales sont fréquentes, sournoises, mais évitables et traitables. Le saignement gingival n'est jamais normal : il est le premier signal d'alarme et invite à consulter. À chaque étape — gingivite, parodontite débutante, parodontite avancée — il existe des solutions adaptées qui permettent de stabiliser la situation et de conserver durablement ses dents.

Le suivi et la maintenance jouent un rôle aussi crucial que le traitement initial. Si vous avez des doutes ou si certains signes vous interpellent, n'attendez pas que la situation se dégrade pour prendre rendez-vous : un bilan parodontal lors d'une consultation suffit à faire le point précisément.

HH
Dr Hélène Heintz Chirurgien-dentiste · Omnipratique & parodontologie · Faculté de Strasbourg — En savoir plus